La guerre de religions


Le Protestantisme à Verfeil


Le calme de la vie rurale à Verfeil et une certaine unanimité religieuse retrouvée après la crise cathare, vont être à nouveau troublés au 16e siècle par l'apparition d'une vague protestante qui trouve un terrain favorable chez les Verfeillois. Ceux ci, dès que le calvinisme fut prêché dans la région, devaient adhérer d'enthousiasme et par tournure d'esprit à la religion nouvelle.

Conséquences de l'Edit de Tolérance.


Vers 1550 , un pasteur, Pierre de RABASTENS s'installe à Verfeil et réussit à convertir à la religion réformée un nombre important d'habitants. Dès lors il y a des conflits nombreux entre les tenants des deux confessions : les excès des nouveaux convertis, la colère des catholiques provoquent des troubles et la guérilla s'exaspère quand paraît l'édit de tolérance de Charles IX du 17 Janvier 1562 donnant "l'autorisation aux Protestants d'exercer leur culte hors des villes sauf opposition expresse des seigneurs locaux ou des recteurs, vicaires ou marguillers".Les catholiques sont pour leur part très déçus et de l'animosité règne partout. Des meurtres furent commis par vengeance ou bravade et l'archevêque de Toulouse dépêche son vicaire général, Pierre du FAUR, pour prêcher la tolérance aux deux parties. Il commence par Verfeil car il a reçu une dénonciation concernant cette ville et il y est dit : "qu'on y tient des assemblées de gens vivant à la façon de Genève et voulant "invader" le château et l'église.

Griefs catholiques


Dès son arrivée, il convoque Jean de CASANOVE, capitaine et gouverneur du château ainsi que les consuls et les marguillers. Les consuls reconnaissent qu'il y a souvent des rassemblements d'hérétiques groupant jusqu'à deux cents ou trois cents personnes et qu'il y a des injures réciproques et même des coups d'arquebuse, la nuit, contre les fenêtres des catholiques.Du FAUR interroge à part et secrètement les ecclésiastiques Jean CANALZ, vicaire, et Pierre MAYSSONNIER, syndic "du bassin du Purgatoire". Ils confirment que les réunions ont lieu nuitamment soit dans un moulin pastelier appartenant à Raymond Bodet, soit chez Guerin Pech, Alby Lambert ou Jehan Geneste ; ils disent aussi que les Huguenots sont très montés à l'égard de l'Eglise "qui ne soutient que les abus", qu'ils se moquent ouvertement du Christ et spécialement de l'Eucharistie qu'ils appellent par dérision "Jean Blanc" : c'est ainsi que le boucher AMBERT quand il voit un prêtre porter la communion à un malade, ne manque pas de ricaner et de crier "Tiens voilà Jean Blanc qui passe !".

La Position Protestante


Pierre du Faur discute aussi avec les représentants des Huguenots dont les principaux sont : Arnaud BODET, lieutenant de Juge Temporel, son frère Ramond (marchand) AMBERT (un boucher très violent) Alby LAMBERT, Jehan GENESTE (chaussetier) et Guillaume ROUX qui se dit diacre du principal ministre : BODET - et qui est avocat. Malgré l'édit qui ne donne droit qu'à des réunions en dehors des villes et qui leur interdit de s'y rendre avec des armes, ils réclament des lieux de réunion à l'intérieur et le départ de la garnison du château .

Les décisions du Baron


En dépit de son désir de conciliation et malgré ces demandes, au nom du seigneur archevêque agissant en tant que baron, Pierre du FAUR maintint l'interdiction formelle de réunion à l'intérieur et donna des ordres sévères au capitaine du château et aux consuls qui surent les faire respecter.

Participation verfeilloise aux guerres de religion


Les religionnaires restaient pourtant actifs et fidèles à la cause protestante : c'est ainsi qu'en Mai 1562 une troupe de soixante religionnaires Verfeillois alla renforcer les protestants Toulousains qui luttaient durement dans cette ville et il y eût ainsi plusieurs détachements envoyés à l'extérieur pour soutenir d'autres fidèles en lutte.Beaucoup ne revenaient pas de ces rudes batailles et cela affaiblissait la masse initiale la privant de ses éléments les plus ardents - De plus des mesures prudentes prises par les consuls et par les prêtres du doyenné apaisèrent peu à peu les passions et le calme revint dans la cité qui redoutait surtout des attaques extérieures : c'est le moment où les consuls s'employaient à renforcer les murailles et les défenses et à armer une garde bourgeoise.Le résultat de ces mesures défensives fut que la place de Verfeil ne fut jamais prise et qu'en 1589 le duc de Joyeuse, gouverneur du Languedoc, menacé dans Toulouse vint se réfugier à Verfeil, dans le château de l'archevêque le cardinal de Joyeuse, son frère.Les luttes armées qui s'éternisaient entre groupes rivaux ne pouvaient finalement s'arrêter que lorsque les problèmes politiques trouveraient une solution : aussi une trêve signée en 1593 fut de courte durée et les hostilités redevinrent violentes au début de 1595. L'armée de VENTADOUR (duc de LEVIS) ne dut pas cependant se sentir assez forte pour s'emparer de Verfeil mais plusieurs communes voisines furent saccagées et des hauteurs de la ville on put voir la prise et l'incendie du Ramel et de Montpitol : les troupes arrivèrent même jusqu'au hameau d'en Sigaudés. Quelque temps auparavant les églises de Gauré, de Gragnague, de Saint-Jean des Pierres et de Saint-Jean de Mongagne à l'Ouest de Verfeil avaient été saccagées et brûlées. Si donc 1595 avait si mal commencé, la situation générale évoluait favorablement au cours de l'année :en effet, le duc de Joyeuse voyant MAYENNE, chef des Ligueurs s'affaiblir et se rapprocher d'Henri de NAVARRE, convoqua les Etats de la Province le 28 Novembre 1595 dans le réfectoire des Augustins à Toulouse et expliqua que le Pape étant prêt à absoudre le Navarrais (qui avait abjuré le 25 Juillet) et MAYENNE penchant pour la paix, il était urgent et nécessaire de tenir une conférence dès le ler Décembre et cela à Verfeil - lieu choisi par lui et qu'il avait donc précédemment apprécié.

La conférence de VERFEIL


Le but de cette conférence devait être de jeter les bases d'une réconciliation définitive. On mesure donc l'importance de cette décision et de cette conférence qu'il est nécessaire de souligner puisque l'histoire officielle ne la mentionne que fort peu ou pas du tout.
On peut se demander quelles pouvaient être les raisons de ce choix de Verfeil et on en avance deux : la première étant le désir de se soustraire à des scènes tumultueuses semblables à celles qui s'étaient produites à Toulouse au cours de réunions semblables, la seconde étant le désir du duc de Joyeuse alors en coquetterie avec Henri IV, de le faire reconnaître dans la principale des résidences du Cardinal, son frère.Ce choix était tout de même très risqué sur le plan matériel quand on se représente l'afflux provoqué par une conférence de cette importance dans une cité aux dimensions si restreintes : ne parle-t-on pas de près de 500 chevaux qui transportèrent sur place personnages avec leurs suites et équipements divers : or on ne pouvait les loger tous au château lui-même et l'on dut sans doute demander hébergement aux habitants tant du bourg que des environs et tout cela se produisait dans une saison particulièrement mal choisie et très froide. La raison fondamentale est qu'il fallait profiter de l'état d'esprit du moment et des circonstances et l'on ne pouvait donc attendre.
Jean BODET, lieutenant de Juge en la temporalité de Verfeil, a eu l'heureuse idée de dresser un procès-verbal de la Conférence et il lui a donné pour titre "Conférence tenue en la ville de VERFEIL sur le traité de la reconnaissance du Roy de Navarre en l'an 1595", et il nous donne un aperçu et une liste des illustres personnages qui se rendirent à Verfeil : il cite en particulier à côté de "l'illustrissime Cardinal", le duc de Joyeuse, gouverneur et lieutenant général pour le Roy en Languedoc, le marquis de MIREPOIX, M. et ROCHEMAURE, Juge Mage de Nimes député par le Roi, DESPORTES, secrétaire du Roi, député par le duc de MAYENNE, l'évêque de Lodève, Christophe de LESTANG le grand Vicaire de Narbonne, les abbés de Villelongue et de Boulbonne, les Capitouls etc. etc.
Le but de la conférence ayant été rapidement atteint et la reconnaissance du Roi obtenue ainsi que la renonciation aux luttes meurtrières qui venaient à peine de s'apaiser, tous les corps qui avaient des députés à cette conférence envoyèrent des représentants auprès du Roi comme nous l'explique le capitoul LAFAILLE dans ses "Annales de la ville de Toulouse".
Sur le plan local et après la conférence quelques personnalités restèrent encore à Verfeil trois jours entiers pour mettre au point certains détails, et après ces jours de surpopulation et d'agitation Verfeil retomba dans le calme désormais assuré pour longtemps.